1er octobre - Tapis dans l’ombre

Mon ours en peluche serré contre mon coeur, j’observe sans bouger. Ma chambre ne me paraît plus être la même depuis ce soir. La lumière de ma lampe de chevet éclaire faiblement le coin dont mes yeux ne peuvent plus décoller. Je suis pétrifiée, paralysée par cette ambiance inquiétante. La boule au ventre, je songe aux histoires que mon grand-frère nous a raconté à propos du meurtre sanglant d’une petite fille dans notre maison. Je bloque ma respiration instantanément quand une vague transparente se met à nouveau à bouger, tapie dans l’ombre du coin de ma chambre Elle ondule nonchalamment devant mes yeux pleins de larmes. J’ai peur, je ne veux pas que le monstre m’emmène… Maman ! 

2 octobre - Rouge comme le soleil

Le rouge domine cette contrée lointaine de l’univers. L’imposant soleil à la couleur flamboyante se lève lentement pour éclairer la plaine déserte. Le vent balaye lentement les herbes hautes où le sang bleu s’est répandu pendant la nuit. Un homme déambule dans ce décor d’automne, son casque de cosmonaute sous le bras. Il vient de découvrir que l’air ressemble à celui de sa planète d’origine. Pourtant, l’angoisse lui ronge l’estomac. Il n’a pas encore croisé les habitants, mais en observant l’étrange liquide turquoise et visqueux qui recouvre ce paysage de rouille, il ne peut qu’imaginer que sa dernière heure est venue. 

3 octobre - Rien qu’un murmure

Je déambule dans la brume épaisse, à l’aveugle. Mes pieds avancent un à un sans que je ne puisse voir sur quoi je marche. Je sais seulement que ce n’est pas le sol, il n’est pas lisse. Je manque de tomber à plusieurs reprises.
Soudain, un craquement m’interpelle. Il ressemble à des os qui se brisent. Mes yeux se crispent et se ferment machinalement même si je sais pertinemment que ça ne sert à rien. À ce moment-là, je sens un souffle chaud s’approcher de la peau de mon cou. Mon rythme cardiaque s’accélère. Je ne veux pas rouvrir les paupières et faire face à ce que je sais déjà être un monstre difforme. Une main froide et rugueuse frôle mon épaule.
— Tu es prête ? me murmure alors une voix aussi robotique que glacée.
Toujours sans ouvrir les yeux, je fais un signe lent de la tête que oui. Oui, je suis prête, quelle que soit l’issue de ces mots.

4 octobre - Dans les Ruines

Quand je me relève, la maison n’est plus qu’un tas de ruines. Mes vêtements, mes bras et mon visage sont couverts de poussière. Le son suraigu des sirènes retentit à travers la ville plongée dans le chaos. Une odeur de brûlé flotte dans l’air me déclenchant un horrible mal de crâne. Je plisse les yeux et avance maladroitement au milieu des débris tombés sur le carrelage du salon. Je sors de notre demeure et balaye les alentours de mon regard encore flou. Je n’ai aucune idée de ce qui s’est passé, mais des flammes dévorent les propriétés de mes voisins à présent réduites à un simple amas de pierres grises.

5 octobre - Laisser la bête gronder

Mon crâne est sur le point d’exploser. Je ne comprends pas ce qui se passe. La sueur coule en abondance sur mon front. Les douleurs se font de plus en plus vives dans mes muscles. Ma mâchoire et mes poings se crispent alors que mes os s’étirent et me tiraillent. Je ferme les yeux, tente de respirer profondément pour contrôler cet assaut insupportable. En vain. Mes membres se mettent à gondoler, ma chair bouge sous ma peau. Elle prend une autre forme. Une forme inconnue. Une forme incontrôlable. Une forme de monstre.

Mon cou me brûle, je lève la tête pour l’étirer. Il craque, tout comme le reste de mon corps. Je hurle sous la pleine lune dévoilant mes impressionnantes canines aussi tranchantes que le rasoir. La bête qui sommeille en moi se réveille. Elle est affamée, et bientôt, je ne me souviendrai d’aucun de mes horribles crimes.